Tinder, l’UX qui fait « match »


Publié le : 04 Sep 2014 à 20:23 history Modification : 21 Jan 2016 à 15:08 Vu 13826 fois


Avant-propos

Ayant récemment aménagé à Nantes où j’avais peu de contacts et n’étant plus en études dans une formation à partir de la rentrée 2014, j’ai été confronté à la position difficile de devoir repartir pratiquement « de zéro » en terme de vie sociale. Un nouveau départ quelque peu déroutant pour quelqu’un ayant toujours été habitué à rencontrer de nouvelles personnes facilement par le biais des promotions successives de son cursus. Etant en couple et pleinement satisfait à ce niveau là, mon unique besoin était donc de me faire quelques nouveaux « potes ».

Peu convaincu que les sites de rencontres pourraient m’apporter des contacts purement « platoniques » et désintéressés, je me suis donc tourné vers une application dont j’avais largement entendu parler jusqu’à présent : Tinder.

J’ai donc téléchargé l’application Android afin de décrypter les raisons du succès mondial de cette application de Dating nouvelle génération et, pourquoi pas, y faire quelques bonnes rencontres. Je vais donc m’appliquer à répondre à deux questions fondamentales : « Tinder est-il uniquement pour les célibataires ? » et « L’expérience utilisateur est-elle aussi efficace qu’elle n’y paraît ? ».

Une chose est sûre, c’est qu’il ne m’a fallu que quelques minutes pour comprendre d’où Tinder tire ses millions d’utilisateurs dans le monde. Première chose à savoir : Tinder est une application mobile uniquement. Le site officiel « gotinder.com » n’est là que pour pointer vers les différents stores d’applications mobiles où on peut se le procurer et également expliciter le concept. 

tinder

Tout va bien se passer

Vous êtes vous déjà surpris à « faire mumuse » avec deux stylos et une gomme pendant de longues minutes sans vous en rendre compte ? On peut aisément faire un parallèle avec Tinder.

Pour commencer à « jouer » sur Tinder, vous n’avez besoin que de deux choses : un profil Facebook contenant quelques photos et des mentions « j’aime » pertinentes (ou pas). On va donc partir du principe qu’à ce niveau là, le travail est déjà fait. Reste alors à vous procurer l’application Tinder, téléchargeable gratuitement pour Android et Iphone, y compris pour les hommes. Tinder esquive donc intelligemment cette politique « de faire raquer uniquement les hommes », comme à l’entrée de n’importe quelle boîte de nuit ou sur la plupart des sites de rencontres traditionnels. En y réfléchissant, que révèle cette logique ? Que les hommes sont prêts à payer pour draguer et rencontrer des femmes, qui n’ont alors qu’à dire oui ou non ? Une configuration contestable que seul Adopte un mec a réussi à démocratiser, grâce à un second degré assumé.

Seulement, il reste un obstacle : comment convaincre les utilisateurs de remplir un profil relativement pertinent contenant des informations personnelles ? Facile ! Le processus d’inscription et de collectage de données personnelles passe par un bouton magique : Se connecter avec Facebook. Un bouton sur lequel bon nombre de personnes un tant soit peu sensibilisées à la question de la confidentialité est réticent à utiliser. Là encore, Tinder a trouvé la parade en explicitant en toute transparence à quoi va servir ce collectage.

facebook

Une fois que vous avez connecté votre compte Tinder à Facebook, votre profil Tinder est complété et vous pouvez commencer à jouer. Entre le temps de téléchargement avec une connexion wifi, le lancement de l’application et cette étape, à peine 2 minutes se sont écoulées.

Vous pouvez dès lors apprécier l’interface claire et épurée de Tinder. Une interface qui, vous allez le voir, est très finement pensée jusque dans le moindre de ses détails.

Il est à noter que votre profil peut être partiellement modifié après inscription(notamment dans le choix des photos qui vont figurer sur votre profil). En revanche, j’ai eu beau faire le ménage, après coup, des quelques mentions « j’aime » un peu douteuses (ou datant de 2008) de mon profils, le mal était déjà fait : L’ensemble de vos Likes semble graver de manière irréversible sur votre profil. Faites donc votre ménage avant de connecter votre compte Facebook & Tinder, si vous jugez par exemple qu’aimer « Les chocos BN » n’est pas tellement pertinent. Et pourtant, tout le monde semble s’être fait avoir en ne se désinscrivant pas de ces groupes à la con, aussi vieux que Facebook lui-même. On se retrouve bien souvent avec au moins pour point commun d’avoir aimer la page « Thérèse n’est pas moche, elle n’a pas un physique facile » il y a environ 10 ans.

Autre élément destiné à rassurer le nouvel arrivant, un accès rapide aux réglages permet de se rendre compte que Tinder à oser quelque chose de quasiment révolutionnaire : proposer un bouton « d’auto-destruction » de son propre compte. Ou presque. Voyez ce bouton comme un moyen de suspendre l’activité de votre compte mais certainement pas le moyen de supprimer toutes vos données des bases de données de Tinder. En effet, la manipulation de réactivation du compte est tout aussi rapide. A la réactivation, vos réglages par défaut ont disparu, en revanche vos anciennes mentions j’aime un peu génantes, virées entre temps, figurent toujours sur votre profil. Voyez donc cela comme un moyen de faire basculer votre compte d’ « On » à « Off » en un clin d’oeil. Car ne vous y trompez pas, comme tous les autres réseaux sociaux, Tinder fait de la rétention d’informations même lorsque vous ne jouez plus avec lui. Pour plus de détails, se référer à « Politique de confidentialité » (non-traduite, curieusement).

En même temps, le jour où consulter cette avalanche de texte de règlement sera une expérience utilisateur enrichissante en soi, le pari sera très largement gagné pour le reste de l’application.

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Personnalisez votre profil (photos et description) et les réglages de l’application
Rien en revanche pour modifier vos anciennes mentions J’aime

Une simplicité ludique

Pour commencer, il faut activer la fonction de géolocalisation de votre smartphone. En effet, le principe de base de Tinder, c’est de vous faire zapper parmi des profils d’utilisateurs proches de vous géographiquement. L’écran qui permet d’activer la recherche de profils autour de vous est bien entendu le premier sur lequel vous atterissez après votre inscription. Pas de temps morts donc. Cependant, vous pouvez accéder en un clin d’oeil à une fonctionnalité particulièrement bien pensée : le filtrage des futures « rencontres » par sexe, distance (au kilomètre près) et tranche d’âge (à l’année près).

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Dès lors, la magie de Tinder opère puisqu’il devrait normalement vous proposer des premiers résultats en fonction de vos critères. Très vite, on se rend compte qu’il ne nous faut pas plus de dix secondes pour nous faire une idée sur un profil. La raison ? Tout est basé sur deux données : votre photo de profil Facebook, devenue votre avatar sur Tinder, et vos Likes constituant vos centres d’intérêts. C’est suffisant pour établir ou non une connexion avec quelqu’un. La photo permet de savoir si la personne nous plaît physiquement et les mentions « J’aime » communes permettent d’établir des affinitées partagées.

Lorsque l’on découvre un profil, on a donc 3 choix possibles : « Ignorer »/ dire « Tu me plais » à la personne immédiatement ou découvrir son profil un peu plus en détail. En choisissant cette troixième alternative, on arrive sur un profil légèrement plus détaillé : On peut découvrir jusqu’à 4 ou 5 photos supplémentaires de la personne et les intérêts que vous avez en commun. Notez également que la distance kilométrique exacte qui vous sépare (certainement plus exacte si vous activez le GPS de votre smartphone) figure astucieusement sous le petit nom et l’âge exact de cette personne et la mention de la dernière activité de cette personne. Un bon moyen d’estimer si votre potentiel alter ego (ou proie) renchérira à votre « Tu me plais » maintenant ou bien à son retour.

Juste au-dessus du profil détaillé, vous remarquez un rappel de la croix rouge (« Ignorer ») et le coeur vert (« Tu me plais »), afin que vous puissez prendre votre décision finale. Inutile de tenter d’analyser davantage l’impact d’un tel code couleur sur nos réflexes pavloviens.

tinder-nonMine de rien, le fait de cliquer sur cette fameuse croix rouge est loin d’être un geste si anodin pour l’utilisateur. Et cela, Tinder l’a bien compris. Aussi, un simple geste de balayge de l’écran vers la gauche aura la même conséquence sans être aussi engageant « psychologiquement » pour l’utilisateur. Pourtant le résultat sera le même : la personne « zappée » disparaîtra des résultats potentiels qui vous seront proposés, comme de la poussière sous un tapis. Je me suis demandé si ces résultats disparaissaient définitivement. Il semblerait que « non », puisque je suis parfois retombé deux fois sur la même personne (plutôt rare). Tout dépend bien sûr de si elle est encore dans les environs.

En revanche, là où Tinder m’a surpris, c’est qu’une partie de mon test a été réalisé à 04h00 du matin. Et bien curieusement, l’application a été capable de me proposer des profils d’autres utilisateurs. Nantes est-elle vraiment une ville d’insomniaque ? En vérité, pas particulièrement. Les profils proposés portent une mention précisant à quand remonte la dernière activité du compte. Un moyen, là encore, de vous faire oublier qu’à cette heure-ci de la nuit, vous êtes à priori bien seul sur le réseau local en vous proposant des comptes dont la dernière activité remonte à une heure bien plus décente.

Autre intéraction particulièrement bien pensée, le fait d’amorcer ce balayage sans relâcher la pression du doigt sur l’écran permet d’entrevoir le profil suivant qui vous sera proposé sans pour autant écarter définitivement le profil en cours de consultation. Une manière de voir deux profils à la fois sans prendre cette décision irréversible. Donner une ultime chance avant de se rétracter se révèle être ici particulièrement adapté. Une façon « d’avoir le cul entre deux chaises » ergonomiquement parlant.

 

Flatter l’égo de l’utilisateur

En ce moment, je suis en pleine lecture de l’excellent bouquin d’Aaron Walter « Design émotionnel » de la non-moins excellente collection « A book appart » éditée par Eyrolles. Il y est largement question de la façon dont l’utilisateur tirera du plaisir en utilisant une interface qui valorise son implication et flatte son égo. Cela signifie donc que pour procurer une valeur émotionnelle à l’utilisateur, ce dernier doit pouvoir obtenir relativement facilement (appelons cela « la carotte au-dessus de l’âne »).

Dans le cas de Tinder, cette carotte, c’est « séduire et être séduis ». La quête ultime d’un utilisateur de Tinder, c’est celle d’obtenir un « Like » réciproque au sien, déclenchant ainsi ce qu’on appelle, dans le jargon de Tinder, un « Match ». « To Match » peut d’ailleurs être traduit de l’anglais par « correspondance ». Le suspence devient donc une part importante de l’expérience de Tinder. Mon « like » va-t-il obtenir une réponse positive ? Au bout de combien de temps ?

Quoi de plus triste, lorsque l’on débarque sur n’importe quel réseau social, que de constater que sa liste de contact est impitoyablement vide. Pour faire rapidemment oublier cette impression de misère sociale, Twitter et Facebook optent par exemple pour une suggestion massive de contacts que nous pourrions déjà connaître ou qui pourraient nous intéresser (centres d’intérêts, localisation, amis communs, etc..). Tinder opte pour ce qu’on appelle un « call-to-action » particulièrement mis en évidence, comme vous pouvez le constater : « Découvrir de nouvelles personnes ».

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Le propre d’un « Call-to-action » est qu’il doit être incitatif. Un principe élémentaire que l’on retrouve sur les sites de e-commerces au niveau de boutons tels que « Ajouter au panier » ou « Commander ». Avec un bouton flamboyant et un verbe d’action, on est à peu près sûr que l’utilisateur de Tinder va avoir une réaction d’orgueil à la phrase juste au-dessus « Vous n’avez aucune affinité pour le moment » (comprenez « vous êtes un tocard ») en choisissant de cliquer sur le gros bouton rouge. Là encore, on en revient encore à Pavlov. Et voilà notre utilisateur reparti à la recherche de nouvelles correspondances mutuelles.

On assiste alors au même phénomène comportemental que sur Facebook : l’utilisateur surveille frénétiquement le voyant lui signalant une notification. Cette micro montée d’adrénaline, c’est là que réside le pouvoir d’addiction de Tinder.

Voici donc l’écran que tous les utilisateurs de Tinder cherchent donc à obtenir à tout prix (Photo non-contractuelle). Une apparence qui contraste avec l’interface habituelle du reste de l’application. On remarque par exemple ce gigantesque titrage manuscrit véhiculant le plein « d’émotions humaines » : « It’s a match !« . On entendrait presque une foule en délire en train de vous acclamer.

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Vous devez alors faire face à un dilemme : Envoyer un message à la personne « Matchée » ou « Continuer à jouer ». En d’autres termes, voulez-vous vraiment apprendre à connaître cette personne ou bien votre égo est-il rassasié après avoir plu à cette personne ? Ce qui suivra dépendra de vous.

Après quelques jours d’essais

On le voit ici, l’expérience de Tinder est clairement orientée sur l’aspect ludique. Au diable romantisme à l’épistolaire chevaleresque, bonjour contacts éphémères et « connectées ». Une autre façon de « consommer » des rencontres humaines à l’ère des réseaux sociaux. En ce sens, on peut affirmer que Tinder ne cherche pas à établir une relation nécessairement durable. Cela signifie qu’amour, plan-cul et amitiés autour d’un verre peuvent à priori autant y avoir leur place. Pour ne se fermer aucune bonne rencontre, une possibilité peut être de permettre d’afficher des profils de même sexe. Attention cependant à tout malentendu. Je vous conseille donc de préciser ce que vous êtes venu chercher sur Tinder dans votre description en 400 caractères. Pour le reste, tout est affaire de feeling.

Quoiqu’il en soit, on comprend aisément les témoignages d’utilisateurs expliquant qu’ils se font, tout au long de la journée, de micro sessions Tinder.

Petit bonus pour la route : Un homme recrée des profils Tinder de femmes

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